Le véritable Randori

( Extrait du livre : " le Judo, Ecole de vie" de J.L Jazarin)

 

 

   Le Randori-compétition que nous pratiquons en Occident, est bien davantage conpétition que Randori. Le travail est raide, heurté, défensif et, par condéquent, lent. Les japonais font au contraire un Randori souple, rapide, offensif. Le rythme des attaques est beaucoup plus intense et les attaques se succèdent sans interruption.

  Celui qui subit l'attaque ne résite pas "à mort". SI le mouvement est bon, il chute. Il ne s'agit pas d'une extrême complaisance comme dans le Randori simple "chacun son tour", mais d'aider le partenaire à réussir un mouvement vrai. Esquiver, s'entraîner à esquiver et à contrer rapidement, opposer un Hara net mais sans bloquer, garder toujours les bras souples ou les utilisant seulement pour un arrêt bref quand c'est opportun. Voilà qui change des Randori où les bras sont des brancards tendus, le ventre un mur de béton. Il n'est pas possible dans ces conditions, à celui qui attaque, de faire des progrès. Celui qui bloque n'en fait pas non plus, car si dans une certaine mesure, il peut se refuser à subir le mouvement dans cette attitude, il ne peut pas, lui, attaquer. S'il avait affaire à un technicien supérieur doué d'une grande rapidité, son raidissement serait vain et sa chute d'autant plus sévère qu'il serait plus contracté. Il faut en Judo, respecter rigouresement l'ordre suivant : 1) Technique; 2) Vitesse; 3) Puissance. La puissance venant en dernier. Si on met la puissance en premier, jamais il ne sera possible d'acquérir la vitesse, encore moins une technique exacte.

  Pour progresser en Judo, si l'on est naturellement fort, il faut délibérément, au début et longtemps, sacrifier sa puissance, oublier que l'on est fort. Cela n eveut pas dire qu'il faut être mou, qu'il faut s'écrouler sur soi même, ni s'effondrer au moindre soufle. Le ton juste sera donné si, simplement, on en refuse pas la chute, si dans un Randori on recherche avant tout un rythme rapide, des attaques réciproques, la précision et l'opportunité des attaques. Tout cela n'est possible que si l'on évincé la peur de la chute et si l'on laisse tout orgueil au vestiaire.

Ces deux tendances opposées de notre nature, qui coexistent souvent chez le même individu, seraient moins accusées et disparaîtraient peut-être si, au lieu de chercher le résultat immédiat, nous étions entraînés à travailler, travailler sans cesse pour la beauté même de la recherche et pour la vérité. Il conviendrait que dans les Dojo, l'accent soit mis sur l'étude, sur la recherche avec peut-être, en vue un espoir lointain de réussite. S'il en était ainsi, la réussite viendrait à son heure comme conséquence logique et naturelle d'une technique acquise par le travail d'innombrales répétitions, et d'une vitesse, fruit d'un exercice incessant à la décontraction, à la modestie et à l'oubli de soi.

  Bien sûr, nous parlons içi de ce que devrait être la vrai recherche du Judo, la vrai "voie de la souplesse".

  Nous n'ignorons pas tout ce qu'il y a à vaincre en nous pour se conduire ainsi. Les parents, les amis, les amies excitent en nous le désire d'être le premier, le plus fort, le champion. Abandonner ce désir du triomphe rapide pour se livrer à cette longue et patiente recherche, accepter cette dure et sévère discipline n'est pas à la portée de tout le monde. Quand on est vaniteux - et qui ne l'est pas ? - s'entraîner à la modestie; quand on est égoïste - et qui ne l'est pas ? - se soucier autant du partenaire que de soi; quand on est craintif - et qui n'a jamais ressenti la crainte ? - Vaincre l'appréhension ; quand on est paresseux - et qui ne l'est jamais ? - se contrainde à un intense travail ; quand on est impatient - et qui n'est pas impatient ? - s'exercer à une patience sans limites, etc, etc. Tout cela bien sûr, n'est pas facile. Mais qui a dit que le judo était facile ?