Esquive

(Extrait du livre "Junomichi, l'origine du judo" d'Igor Correa)

 

Tu as déja vu des corridas, sans doute, tu as déja vu les toréadors: l'esquive qu'ils font est extraordinaire. Lorsque le taureau passe, ils restent de face. Ils ne tournent pas pour le laisser passer. La première chose qu'il font, c'est une esquive. Ce n'est qu'après qu'ils se tournent vers le taurreau. En judo c'est la même chose, si on projeter son partenaire, il faut faire une esquive. Parce que le jeter dans le sens de son propre corps est impossible, on se rente dedans. On n'amorce jamais un mouvement quand le partenaire est devant soi, on ne le fait que lorsqu'il est légèrement de côté. Quand le partenaire vient sur moi, j'accepte qu'il vienne mais je passe à côté.

Comment ?

Je vais prendre un fais précis. On travail Ko soto gake, ko uchi gari et tai otoshi. Pour chacun de ces mouvements, en restant exactement en face du partenaire, on ne peut rien faire. Alors qu'en orientant légèrement son corps d'une certaine manière on peut faire ko uchi gari, en l'oriantant d'une autre façon on peut faire ko soto gake, et autrement encore tai otoshi. Ca ne varie même pas d'un regard. Ce n'est pas rotation de tête, ni de corps, c'est simplement une orientation différente: là, là ou là. La base de l'esquive, c'est une maîtrise de ton orientation.

L'esquive est avant l'attaque?

C'est avant le premier mouvement. Il faut que ce soit ainsi. Lorsque tu décides de venir me projeter, je suis déjà dans l'esquive. Si l'esquive n'était pas avant on s'opposorait.

Être prêt à l'avance ?

C'est autre chose que d'être prêt à l'avance. Si tu vient pour me marcher sur le pied, je te vois venir, alors je recule mon pied. Mais tu as toujours la possibilité de courir derrière mon pied pour le rattraper. Alors que si, au moment où tu vas marcher sur mon pied, j'avance le mien vers toi, je gagne un temps et je marche à côté.

C'est ça l'idée de l'esquive ?

On gagne un temps en au devant, on perd un temps en reculant. Si je me contentais de reculer pour t'éviter, tu viendrais me trouver quand même. Il faut donc faire l'inverse: aller à la rencontre et laisser passer.

Allez à la rencontre du partenaire ?

Oui, si on quelqu'un fonce vers moi, je vais à sa rencontre. Mais je m'oriente de manière à le savoir déjà derrière moi. C'est quelque chose qu'on ne peut ni dire, ni écrire, mais qu'il faut expérimenter: en reculans tu retardes l'instant, alors qu'en avançant du dépasse l'instant.

C'est l'esquive du torréador. Le torréador ne recule pas. Son esquive est d'anticiper dans l'action, par l'orientation.