Décision

(Extrait du livre: "Junomichi, L'origine du judo" de Igor Correa)

 

 

J'avais un élève, un médecin, qui était un homme charmant. Nous avions l'habitude de travailler ensemble. Lorsqu'il me contrôlait au sol, il me disais à chaque fois: "Monsieur Correa, vous ne sortirez pas !" Je lui répondais : " Non je ne sortirai pas, mais je sors tout de suite." Et je sortais. Je ne m'opposais pas, j'avais trouvé ce que j'enseigne maintenant: transporter son idée comme si c'était déjà fini. Et je ne faisais pas d'efforts parce que j'étais déjà de l'autre côté.

 

Vous étiez déja sorti au moment où vous commenciez ? Le début et la fin c'était le même temps ?


C'est vrai, je l'ai toujours fais et je le fais encore : quand je pense à sortir, je connais déjà le parcours. Immédiatement avant l'action, le parcours est déjà fait dans mon esprit. Mais au moment de sortir, je n'y pense pas. Je ne pense pas au chemin. Je sors.

Tout de suite ?

Je ne peux pas décider d'y aller et partir après, ce serait deux temps. Or lorsqu'on est contrôlé au sol, on ne peut faire autrement que d'agir immédiatement.

Dès qu'on est pris ?

Oui, mais ce n'est pas une question de rapidité. Il s'agit de faire tour en même temps : l'esquive, la mobilité, le contrôle. Alors que l'on a tendance à faire les choses les unes après les autres, et la sortier à la fin. Il faut faire une action immédiate. Si tous les éléments ne sont pas réunnis dans le moment de la sortie, ce n'est pas possible. Tu es face à un mur.

C'est vrai, souvent on prend la décision de soritr mais on se retrouve bloqué.

IL faut déjà être de l'autre côté du mur, si tu reste de ce côté-ci tu t'arrêtes. Parce que la vrai décision c'est sortir. Il ne s'agit pas de dire qu'on va le faire. Lorsque l'on dit qu'on va faire une action, on est en train de passer du temps à la préparer. Préparer c'est ce qu'on a toujours envie de faire. C'est perdre du temps sur l'exécution.

Dans ce cas, quelle est la place de la stratégie?

Il n'y a pas de stratégie, il ne doit pas y avoir de stratégie dans la pratique du judo. Elaborer un plan à l'avance pour savoir pour savoir ce que l'on va faire prend trop de temps. Tu as quelqu'un devant toi, ta vie est en danger, tu vas pas réfléchir : " Est-ce que je dois...? " Non, tout de suite tu fais quelque chose pour ne pas mourir. La stratégie en judo n'existe pas.

Comment agit-on sans préparation ?

On reste en éveil, et on agit dans l'action. Dans le judo, il y a une relation étroite entre la pensée et le hara. Ils sont constamment en liaison, la pensée décide avec l'action physique du hara. C'est à dire que dès l'instant où je pense quelque chose, tout de suite je peux le faire, à l'aide de mon ventre qui est moteur. Quelqu'un qui ne connaît pas, qui ne s'exerce pas, qui n'a pas trouvé cette liaison à beaucoup de difficulté à le faire. Ca fait partir de l'éducation, on ne sait pas se servire de son ventre.

Ce n'est pas facile...

C'est difficile parce que, pour entreprendre de la développer, il faut déjà avoir ressenti en soi ce qu'est cette liaison.

Comment est-ce qu'on peut la travailler ?

Il existe des exercices que l'on peut faire tous les jours - ne serait-ce que cinq minutes - pour arriver à coordonner la pensée et le hara,  et prendre une décision avec tout le corps. Cette décision ne se prend que dans une certaine position. Si le corps est ouvert, on ne peut pas. Ouvert, tout se dilue, il n'y a ni concentration d'énergie, ni concentration de pensée. Il faut arriver à sentir et à connaître cette concentration.