LA SIGNIFICATON DES KATA :

( Extrait du livre "le judo, Ecole de vie" de J.L. Jazarin)

 

 

    Parmi les disciplines propres au judo, il en ai une qui est fondamentale et que le maître Jigoro Kano indiquait comme un des deux moyens pour enseigner le judo, le Kata, l'autre moyen étant le Randori.

  Pourquoi le Kata est-il une discipline fondamentale?

  Maître Jigoro Kano disait : "Dans les Kata ( formes fondamentales) se trouve l'esprit du judo, sans lequel il est impossible d'apercevoir le but."

  Dans sa préface à l'excellent livre du regretté Yves Klein "Les fondements du Judo", Maitre Ishiro Abe, 7ème Dan, dit: "Pour travailler et comprendre le judo, deux pratiques se présentent à nous. Ce sont le Randori et le Kata. Et on en peut négliger ni l'une ni l'autre. Il y a entre elles une profonde relation. La même que celle que nous trouvons entre la grammaire et la composition. La grammaire enseigne les règles, les fondements de l'écriture et du parler corrects, c'est le Kata. La composition ou l'exercice libre, c'est le Randori. Pour bien faire le Randori, il faut bien connaître le Kata." Et Maître Ishiro Abe ajoute : " En général le point faible du judo européen, ce sont les Kata ou fondements. Leurs esprit et exécution sont mal compris et ont été altérés. Pour illustrer ma pensée, prenons l'exemple du Kata le plus connu, le Nage-No-Kata: on n'entravaille que la forme, mais l'étude du déséquilibre, de l'attitude, des déplacements, tout cela est perdu de vue. Et même au mometn de projeter, Tori (celui qui exécute) reste passif, tandis que Uke (celui qui subit) est obligé de se lancé. Alors qu'il faut avec sincérité, faire le mouvement complet ( Kuzuchi, Tsukuri, Kake). Exécuté "à l'européenne", le Kata perd son importante signification de grammaire."

  Mais si il n'y avait que l'exécution déféctueuse de ces règles impératives de l'action efficace, ce serait certes un mal, mais un mal réparable.

  Ce qui risque d'être irréparable, c'est que l'on néglige complétement la "grammaire". Progressivement, l'essence des mouvements se perd et on aboutit à tout autre chose qu'à du Judo. Bien sûr, l'étude et la discipline sont pénibles et moins "amusants" que le jeu qui consiste à se bagarrer et à tenter de marquer des points dont on peut tirer vanité.

  Mais en Europe, le mal vient de la tendance de plus en plus sportive du Judo. Cette tendance est hélas soutenue par les pouvoirs publics qui ne veulent, et ne peuvent, en raison de la législation du sport, connaître que la seule compétition avec ses défaites ets ses victoires, ses titres et ses championnats.

  Alors que les rencontres sportives du Judo sont seulement une des applications possibles des Techniques et des Principes du Judo, on tend, de plus en plus, à en faire l'activité principale. On fausse ainsi l'esprit du pratiquant, et on lui inculque une notion fausse du Judo qui lui interdira la compréhension profonde dans l'avenir.

  C'est ainsi que , progressivement, on est arrivé, surtout parmis les jeunes gens, à considérer le Kata comme une obligation ennuyeuse, une sorte de formalité superflue, une mise en scène et une parodie de compétition théâtrale dans laquelle on joue, plus ou moins bien, une comédie de Judo. On croit que le plus important, dans l'execution d'un Kata est la dignité hermétique de l'attitude, le masque impassible japonais, et une certaine étiquette que l'on veut esthétique. Cela impréssionne le profane et si la "comédie" est bien jouée, les executants ont satisfait le public, sont satisfaits d'eux même, et sont tout tout étonnés si des examinateurs compétents leurs disent que leur Kata est mauvais ou faux.

  Car voilà le malheur, c'est l'oubli de la fonction fondamentale du Kata. Nous faisons nôtre la comparaison du Maître Ishiro abe. Le Kata, c'est la grammaire du Judo, or nul ne peut écrire ni parler correctement en ignorant la grammaire.

  Si une langue était dépourvue de grammaire, elle subirait avec le temps de telles déformations qu'elles deviendrait rapidement un effroyable galimatias et que personne ne se comprendrait plus.(... )

 

 

 

  Les règles du Kata, grammaire du Judo, ont été codifiées non seulement par le Maître Jigoro Kano, mais par une véritable académie de grands experts qui en ont longueument étudié, médité et expérimenté les formes. Dans leur vaste expérience, ils on choisi celles qui résumaient le mieux leur immense savoir, et qui permettaient pratiquement un développement illimité dans leur déploiement.

  Les Kata, par le jeu de leur stricte discipline, permettent ensuite une liberté infinie dans leur application. On pourrait penser aussi à la musique. Les règles fondamentales sont inoxerables, il faut constamment en étudier les techniques, mais ces études, parfois apparemment fastidieues, permettent ensuite toutes les libertés de l'inspiration pourvu que cette dernière s'appuie sans défaillance sur les règles fondamentales.

  Vouloir se libérer des règles sous pétexte de liberté, c'est aboutire à la confusion qui, à la fin, ne permet plus aucune liberté, ni aucune action efficace. Si le Kata  est la forme, la règle du Judo, c'est parce qu'il en est la vérité, et si Jigoro Kano a pu dire qu'il était l'esthetique du Judo, c'est parce que la vérité est toujours belle.

  Oui, le Kata est beau quand il est vrai. Il est sérieux, grave, solennel, parce que ceux qui recherchent la vérité sont entièrement consacrés à leur tâche et que toutes les énergies physiques, émotives, psychiques et mentale sont tendues vers le seule but : la vérité du mouvement. Ceux qui sont conscients de cette recherche et contemplent un Kata, participent mentalement à cette recherche. ils vivent avec leurs camarades leurs efforts vers la perfection, d'où une atmosphère de compréhesion silensieuse. Cette atmoshère et ce silence aident Tori et Uke dans leurs efforts qui ne tolèrent aucune distraction.

  La puissance évocatrice du Kata est très grande et, comme il s'agit de s'incorporer à la vérité d'un principe universel, rien n'interdit à celui qui contemple un Kata de situer cette action restreinte, dans un vaste cadre cosmique ou s'affrontent les énergies de l'Univers et de la Nature.