Le keikogi

 

Le mot keikogi, tenue d’entraînement, vient du mot keiko, un entraînement martial possèdant un sens philosophique ou éducatif que n’a pas le mot renshu qui lui, est rattaché à l’idée de sport. Le vêtement est appelé gi et s’applique aux différentes disciplines : karaté-gi, judo-gi, etc. Le vêtement est constitué d’un veste (uwagi), d’un pantalon (zubon), le tout maintenu par une ceinture (obi). C’est un élément essentiel pour mettre l’individu dans une bonne condition mentale. En effet, lorsqu’il se déshabille au vestiaire, il retire des supports qui lui sont chers et avec lesquels il se sécurise en exprimant une identité qu’il copie sur les idées de masses, crées et véhiculées pas la mode. C’est un moyen de s’affirmer et de masquer de profondes faiblesses.

La psychologie du budo préconise de jeter le masque et de mettre à nu sa personnalité afin que, comme dans un miroir, nous puissions nous voir tels que nous sommes, avec nos défauts, nos limitations et nos possibilités. Se revêtir du keikogi est une manière de réaliser que, sur le tatami, les classes sociales et tout ce qui tend à différencier l’individu s’annule. Le charpentier, le médecin, le militaire ou l’artiste sont tous identiques dans leur nature et dans le dojo il n’est plus question ni de race, ni d’âge, ni de sexe. Tous sont des débutants, tous ont la même capacité de progresser selon leurs possibilités propres et tous ont la même chance de parvenir à ce qui représente pour eux, personnellement, le point ultime d’évolution dans cette incarnation. Qu’importe si les résultats ne sont pas identiques au bout du chemin, car en budo l’idée maîtresse est moins de dépasser son partenaire que soi-même et la concurrence n’a ici aucune raison d’être. L’esprit de compétition ne peut ici tenir l’harmonie du groupe du fait que les plus fort cherchent avant tout à aider les plus faibles.

Le keikogi est de couleur blanche (ou bleu, ou noir) dénué de tout symbole décoratif. Il symbolise le pureté et la simplicité que doit posséder tout pratiquant. Il sera donc toujours propre et respecté. Il existe une manière de plier son keikogi ou son hakama. Cela devrait être appris, car c’est une partie intégrante du rituel visant à changer sa manière d’être en nourrissant dans son cœur le sentiment profond du respect et de la reconnaissance que souvent précédent l’amour véritable.

Lorsque l’esprit s’illumine en nous, il le fait à travers des qualités comme la volonté et l’amour, mais aussi par la beauté qui est l’intelligence de la forme. Il existe des archétypes éthériques et mentaux à la base de la création, voilà pourquoi il est écrit que « Dieu géométrisé » et c’est pour retrouver cette géométrie sacrée que l’on doit faire l’effort d’être ordonné (dans le salut ou le travail de groupe), en cherchant la perfection dans les actes les plus simples comme le pliage du vêtement. En zen, une seule action harmonieuse peut entraîner l’éveil de la conscience, même si cette action est aussi banale que celle de plier correctement son keikogi. Bien entendu, un tel acte ne doit pas être automatisme, mais un acte exécuté en pleine conscience et avec une participation totale de Soi. L’important et le banal sont des concepts mentaux et sourire de ces conseils prouve que l’on n’est pas encore capable de vivre autrement que dans sa nature inférieure, dans son humanité. Maître Sano Jushoku me disait souvent qu’un moine zen avait plus de chances d’obtenir le satori en faisant de la vaisselle un acte d’amour qu’en faisant zazen dans l’espoir d’être mieux que ses frères. Tout est dans le motif et non dans l’acte lui-même.

 

Source : Livre : Budo L’esprit des arts martiaux de Michel Coquet